Ethique
: la méthode 6
Les
crises correspondent à un accroissement d’incertitude, à des
dérégulations qui entraînent la rapide croissance des déviances,
en bref à des processus de désorganisation qui peuvent entraîner
des processus de réorganisation, soit régressifs (moins complexes),
soit progressifs (plus complexes). Les crises favorisent les interrogations,
stimulent les prises de conscience, les recherches de solutions nouvelles, et
dans ce sens aident les forces génératrices (créatrices)
et régénératrices sommeillant dans l’être individuel
comme dans l’être social. Mais en même temps les crises favorisent
les solutions névrotiques ou pathologiques, c’est-à-dire
la désignation, la persécution, voire l’immolation d’un
bouc émissaire (individu, groupe, classe, ethnie, race), la recherche
de solutions imaginaires ou chimériques. Dans l’ambivalence de crise,
l’important pour l’éthique, est de ne pas céder à l’hystérie,
de sauvegarder la tolérance et la compréhension. C’est dans
les situations de crise qu’il y a parfois dégénérescence
et régénération de l’éthique.
La
méthode
6 : l’éthique, Edgar MORIN, Editions du Seuil, 2004,
isbn 2-02-078638-9