24 octobre : simultanément à Poitiers et Cannes, deux minibus se préparent à effectuer un trajet inédit en direction de la région espagnole de Castilla y Leon avec l’objectif d’emmener un groupe d’élus locaux à la rencontre de leurs homologues européens. A la différence du premier déplacement au même endroit, qui ne concernait que des représentants de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (voir compte-rendu de juin 2009), cette nouvelle initiative d’Idées Nouvelles Europe s’adressait à davantage de personnalités avec notamment la volonté d’ouvrir le recrutement des participants à plusieurs régions françaises. Il s’agit ainsi, non seulement de permettre aux élus d’échanger leur expérience avec des collègues en Europe mais aussi de créer une dynamique entre élus français finalement peu disponibles (en dehors d’un cadre organisé comme celui-ci) pour travailler et réfléchir ensemble sur les politiques européennes, sur la formation professionnelle, le statut de l’élu ou encore l’organisation territoriale. Les deux minibus sont pris en main et préparés pour le voyage d’une semaine, riche en rencontres, en découvertes culturelles et en enseignements. Les élus ont manifesté leur volonté de participer au voyage après avoir été informés par plusieurs sources : l’Association des Maires de France a diffusé le contenu du stage à travers ses bulletins d’information et un mailing électronique, l’association INE a écrit aux responsables régionaux des principales formations politiques pour leur demander d’informer les élus locaux. Très rapidement, des élus de Poitou-Charente (sous la houlette de Nadine Djoudi) ont fait acte de candidature en proposant la constitution d’un mini-bus complet provenant de plusieurs départements. La difficulté majeure rencontrée par les organisateurs concernait l’organisation des agendas des élus avec plusieurs annulations (justifiées comme par exemple la tenue de réunions institutionnels) quelques jours avant le départ et la recherche de nouveaux candidats disponibles. Au Mas, le minibus se positionne sur le parking de la Communauté de communes des Monts d’Azur qui participe à l’aventure. A Poitiers, le minibus se prépare à accueillir ses voyageurs par une tournée interdépartementale.
25 octobre : dès cinq heures du matin le minibus du Sud accueille ses premiers voyageurs et prépare l’arrivée des suivants qui vont, au fur et à mesure, rejoindre le groupe à Andon puis Cannes. C’est ensuite direction les Pyrénées atlantiques où rendez-vous est pris avec le groupe du Poitou dont le départ est programmé avec quelques heures de plus, le parcours étant sensiblement plus court. C’est à la frontière que tous les élus passeront la première nuit non sans avoir, auparavant, fait connaissance au cours d’une réunion informelle et un rappel des objectifs du programme par le coordinateur. Les deux groupes fusionnent rapidement et chaque personne peut alors exprimer ses motivations à participer à un tel voyage :
Daniel Bureau : « Après avoir entendu de belles paroles, de grandes théories et de multiples états d'âmes sur la construction de l'Europe politique, j’étais fier de participer à une réalisation concrète, un projet qui se matérialise et qui contribue à la formation des élus, s'inscrivant dans le cadre de l'éducation populaire. Je souhaite apporter ma pierre à l'édifice aux côtés d'hommes et de femmes qui incarnent le partage et l'échange, la fraternité et la volonté commune de voir une Europe neuve capable de transcender les individualismes ».
Nadine Djoudi : « Il n'y a d'avenir pour nos sociétés que dans et par l'Europe ».
Hélène Gresso : « Un de mes domaines de recherches porte sur les questions d'éducation comparée, notamment les relations entre les acteurs (enseignants, personnels, élèves, parents) et l'institution afin de proposer des réformes où sont pris en compte les besoins et les aspirations des personnes concernées. Je connais bien les systèmes anglo-saxons et je cherche toujours les initiatives intéressantes venant d'autres cultures, afin que l'on puisse en apprendre, soit pour s'en inspirer, soit pour éviter les erreurs commises, afin de les transférer en politiques publiques au niveau local ou régional. Je ne connaissais pas bien les cultures espagnoles et ce voyage m’a permis de la découvrir ».
Sylvie Pailler : « Ce voyage va me permettre d’échanger avec nos amis espagnols que j’apprécie beaucoup dans un contexte européen. Le statut des élus en France est parfois inégal sans compter qu’en tant que femme notre tâche est bien difficile dans ce monde de macho (je parle pour la France). Il serait intéressant de parler de la place des élus dans l’opposition. L’éducation et la formation professionnelle sont deux sujets qui me tiennent particulièrement à cœur en tant que citoyenne : mère des deux enfants, élue et infirmière. Pour la formation de l’élu : souvent je me pose la question de mon rôle d’élu et de mes compétences. Mon investissement dans la politique a été motivé par des valeurs sincères de justice sociale et d’intérêt communautaire. Que nenni chaque jour j’ai l’impression d’être au milieu d’une arène remplie de lions même au sein « d’amis de gauche ». La politique est-elle une profession ? ».
Bernard Chaigneau : « Une partie de ma carrière concerne l’international et en particulier l’Europe et l’Afrique, j’ai travaillé à Varsovie, Bucarest, Madrid et durant l’année 2003 à Bruxelles, Abidjan, Dakar, Rabat et Casablanca et Johannesburg. J’ai toujours été convaincu que l’Europe était une chance pour nos pays et je me suis engagé pour faire avancer sa mise en place depuis plus de 10 ans. Depuis ma préretraite je suis engagé dans le bénévolat dans une ONG de solidarité Internationale et d’aide aux populations en difficulté en France et dans le monde (AGIRabcd). Je suis Délégué Poitou et Président de la Commission Finances de cette ONG. D’autre part je suis intervenu auprès des populations (Jeunes et Personnes Agées) pour présenter le traité constitutionnel avant le vote en France ».
Annatatia Nganomo : « J’ai travaillé pendant plus de 10 ans avec les élus des communes du Cameroun, je les ai accompagnés dans leurs voyages d’Etude au Brésil, au Kenya, en Namibie, en Afrique du Sud et en France. Installée en France depuis 2004 pour raison de santé (je souffre d’une maladie orpheline qui nécessite un suivi régulier) j’ai créé l’Association SOLEIDAF pour monter des projets de développement Nord-Sud en impliquant et responsabilisant les demandeurs africains en particulier les Femmes Africaines. Je travaille d’autre part à faire prendre conscience aux femmes africaines installées en France qu’il faut passer de l’assistanat à l’autonomie et la responsabilisation. Pour moi l’Europe doit être moteur des relations Nord-Sud et doit s’impliquer dans le développement de l’Afrique ».
Marino Cassez : « Pouvoir comparer notre mode de fonctionnement au sein d'une mairie mais aussi au niveau de l'état. Comprendre comment se positionne l'Espagne à travers l'Europe. Connaitre l'architecture, le patrimoine, la culture, la gastronomie ».
Georges Romey : « A part bien sûr de visiter un pays magnifique et rencontrer des gens de culture différente, je suis curieux de comparer des systèmes de gouvernement de pays démocratiques si différents ».
Roberte Romey : « Etudier le fonctionnement des régions et des communes d’un pays démocratique à structure décentralisée très différent de la France. Visiter une région magnifique. Discuter avec les gens du pays ».
Christine Boiron : « Souhaite rencontrer d'autres élus européens afin de pouvoir comparer nos différents régimes. En tant que nouvelle élue, je suis très curieuse de savoir ce qui se passe ailleurs ».
Josiane Chaumorcel : « Je travaille de concert avec la DAAC (délégation académique à l'action culturelle) au rectorat en ce qui concerne les projets arts et culture (patrimoine, univers sonores, cinéma, audiovisuel, histoire des arts et arts plastiques, éducation musicale) ».
Francis Piazza : « Rencontrer des personnes, élues ou non élues, d'un autre pays que le mien, mais imprégnées du sentiment d'appartenance à l'Europe, et visiter par la même occasion un pays que je ne connais que très peu ».
26 octobre, les stagiaires sont à Valladolid après avoir déjà pu apprécier la cuisine espagnole dans un restaurant routier, un autre restaurant du bord de mer… Les choses « sérieuses » débutent. Le partenaire espagnol Javier Reyes Tapia, par ailleurs tuteur de l’ensemble des stagiaires, organise dans les locaux de son école de formation Progesti@, la première réunion ciblée sur les contenus pédagogiques du projet avec une présentation très détaillée du fonctionnement des institutions espagnoles. Les élus posent des questions, entrent avec facilité dans le vif du sujet et vont même jusqu’à regretter que la séquence s’interrompt. Pari gagné pour les organisateurs : les élus ont décidé de partir par eux-mêmes à la recherche des informations et le tuteur propose de rédiger un dossier complet qui leur permettra d’accompagner cette quête. Danièle nous résume le cours de Javier (le tuteur) : « L’Espagne est régie par un Gouvernement de régime parlementaire, qui gouverne au nom du Roi (Juan Carlos 1er) Le 1er Ministre est nommé par le Roi pour 4 ans, il peut être réélu 2 fois. L’actuel 1er Ministre est José Luis Rodriguez Zapatero (c’est son second gouvernement) donc on dit Zapatero II pour parler de l’actuel gouvernement. C’est la Constitution de 1978 qui donne les attributions au 1er Ministre. L’exécutif est donc représenté par le Roi et par son 1er Ministre. Le législatif est représenté par :
- un congrès des députés (élus au suffrage universel direct pour 4 ans) – la députation
- un sénat avec des membres majoritaires élus au suffrage universel direct pour 4 ans et près de 50 membres élus par les représentants des 17 communautés autonomes
ce législatif est représenté par 3 courants politiques (gauche-centre-droite).
L’actuelle majorité est le PSOE parti socialiste ouvrier espagnol. L’Espagne compte 50 provinces. Depuis 1978 ces provinces disposent de moins de pouvoir que les 17 communautés autonomes qui ont été créées sous Suarez. La Castille en est le cœur d’où s’est construit l’Espagne.Ces communautés autonomes regroupent plusieurs provinces et disposent d’une autonomie par rapport au gouvernement central qui leur donne des compétences (ayuntamento) législatives, électorales et juridiques (un peu comme un état fédéral). Ainsi La Castille y Léon compte 9 provinces – 2500 communes et la capitale de Valladolid a elle seule compte près de 100.000 habitants ». Une heure est également consacrée à la présentation administrative du projet et au thème de l’évaluation. Dans la soirée, plusieurs élus ont été invités à rejoindre une conférence du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol sur le thème de la construction européenne (Traité de Lisbonne, composition de la future Commission, nom du futur président du Conseil…) en présence de l’eurodéputée Iratxe Garcia Perez. A l’issue de cette manifestation, le projet Elus d’Europe a fait l’objet d’une présentation, l’eurodéputée a dédicacé le livre sur la vie politique de Valladolid et une élue de Poitou-Charente a remis au premier secrétaire fédéral du PSOE un drapeau du PS français. Etaient présents : Jésus Quijano Gonzales et Jorge Félix Alonso, députés de Valladolid. Pour les autres élus, une rencontre avec des Européens participant au projet Grundvigt dans le cadre de la semaine internationale du Cinéma de Valladolid était organisée.
27 octobre, c’est la Députacion provincial de Valladolid qui accueille les « Elus d’Europe ». Le vice-président en charge de la culture et du tourisme Alejandro Garcia Sanz reçoit le groupe dans la salle du conseil en précisant d’une part que le siège parlementaire est installé au sein du palais de Pimentel, lieu de naissance de Philippe II, roi de Castille et d’autre part quelles sont les compétences administratives et politiques de sa collectivité (qui est en fait une intercommunalité des villages ruraux de la Province, équivalente à un conseil général français sans que la principale ville-centre ne soit partie prenant – en l’occurrence Valladolid). La santé, la petite enfance, la voirie… le député présente dans le détail les principales réalisations du mandat que nous découvrons non sans un certain intérêt démontrant ainsi la proximité des élus avec leurs administrés. A l’issue de ce premier rendez-vous « politique » de la journée, le groupe s’est dirigé vers Peñafiel, petite ville fortifiée en 1307, particulièrement connue pour son château construit sur une colline (en forme de navire, classé monument historique national en 1917) et son musée du vin, expression d’une des sources économiques de la région avec l’OAC Ribera del Duero. Le groupe a été reçu par Agapito Hernandes Negro, député. De retour à Valladolid, les élus ont été invités à découvrir quelques spécialités gastronomiques régionales dans une bodega typique.
28 octobre : la matinée est entièrement dédiée à la ville de Valladolid et à ses élus au premier rang desquels le maire en personne qui accueille les élus français pour leur présenter sa ville, en compagnie de son conseiller délégué aux relations internationales Fernando Rubio Ballestero. Javier Leon de la Riva a ainsi proposé un petit-déjeuner pour échanger sur les impressions de chacun et surtout évoquer la construction de l’Europe. De retour d’un séjour en Turquie, le maire a évoqué les élargissements et de manière plus générale l’avenir de l’Europe institutionnelle avec le traité de Lisbonne et ses conséquences. A l’issue de la rencontre, ce dernier a offert un livre et a remis à chaque élu la médaille en bronze de la ville. Le groupe a ensuite bénéficié d’une conférence animée par le centre de formation de la mairie de Valladolid sur le thème « Valladolid en Europe » avec projection de photos résumant les grandes étapes de l’histoire communale et les projets à venir en termes notamment de transports et d’infrastructures. Pour parachever la connaissance de Valladolid, la municipalité a privatisé un autobus touristique permettant d’apercevoir en moins de 90 minutes l’ensemble des principaux monuments de la ville dont l’université et le Cortes (parlement régional). L’après-midi a été consacrée à Salamanca, ville somptueuse accueillant de nombreux étudiants Erasmus. La réception en mairie a été assurée par Pilar Fernandez Labrador, adjointe au maire, conseillère aux affaires internationales. Celle-ci a rappelé combien il était important pour la ville de recevoir ses hôtes européens qui participent, par leur présence et leur séjour, au dynamisme de la localité et à la reconnaissance de son intérêt culturel universel. Une guide a ensuite promené le groupe à la recherche de témoignages historiques tout en multipliant les anecdotes sur le monde étudiant et ses pratiques ancestrales.
29 octobre : cette journée a été incontestablement la plus riche en échanges professionnels pour nos élus partis à la recherche d’expériences locales et de fortes personnalités. La première rencontre s’est tenue avec Milagros Zarzuela Capellán, mairesse de Tordesillas. Dans cette petite ville de Castilla y Leon, notre groupe a également pu visiter la Maison du Traité de Tordesillas ainsi que le fameux monastère de Sainte-Clara. La seconde étape : déplacement à Serrada, réception par le Maire de la commune D. José Antonio Alonso Gago et Antonio Moyano Barrios, conseiller à la culture. Visite de la bodega Alberto Gutiérrez puis dégustation de vins et fromages locaux. Enfin, l’ultime rendez-vous était pris avec D. Esperanza Rodriguez Aguadola, mairesse de Valdestillas. Journée intéressante et très différente des précédentes : confronter les expériences entre élus de villages ruraux ou de petites villes constitue un exercice très intéressant qui permet de mieux mesurer les points communs et les divergences de la gouvernance en Europe. Nos élus français ont donc particulièrement appréciés cette journée en phase avec leurs attentes.
30 octobre : si le premier voyage a mis l’accent sur la découverte de la côte atlantique via Santiago de Compostelle, le second a été consacré à Madrid. Les deux minibus ont rejoint la capitale accompagnés par Transi de Progesti@. Durant une journée, les élus ont fait une visite touristique dans un bus ouvert, ont parcouru les allées du musée du Prado et ont effectué quelques courses dans la zone piétonnière du centre-ville, à la porta del Sol. A la demande des organisateurs, cette journée a également permis de faire un point d’étape sur la semaine avec la préparation des rapports d’activité.
31 octobre : les routes des deux minibus se séparent : les élus de Poitou-Charente reprennent la direction du Nord de l’Espagne pour ensuite pénétrer sur le territoire François à hauteur de Biarritz, ceux de Provence-Alpes-Côte d’Azur prennent la direction du Sud vers Barcelone avant de passer la frontière et d’effectuer une petite halte à Collioure.
1er novembre : l’arrivée des minibus s’effectue dans la journée. A Saint-Auban, l’équipe arrive vers 17h, sourire aux lèvres. Embrassades et séparations avec promesse de se retrouver pour un debreiffing.
2 novembre : les minibus sont ramenés chez les loueurs très tôt dans la matinée. Celui de Cannes aura parcouru 3400 kilomètres, celui de Poitiers un peu moins : 2500 km. Des amitiés se sont conclues, une envie forte de repartir à la découverte de l’Europe s’est manifestée. Dans quelques jours, les évaluations seront adressées à Idées Nouvelles Europe. Un travail de synthèse commencera mais d’ores-et-déjà il est possible de confirmer la nécessité de poursuivre l’expérience qui a démontré que nos élus locaux ont besoin de mieux connaître l’Europe pour en devenir de vrais prescripteurs auprès de leurs concitoyens.