Claudie
HAIGNERÉ,
Ministre
déléguée aux Affaires
européennes

À l’heure
où l’Union veut se doter d’une constitution,
la question des fondements de l’identité européenne
se pose à nouveau, comme elle s’est posée a
chaque étape majeure du projet communautaire, depuis ses
origines – les élargissements successifs, l’Acte
unique, la création de l’Euro… Face à un
projet évolutif, comment penser les racines d’une
identité en devenir ? À cette question, il n’existe
aucune réponse achevée, car le propre de la construction
européenne est de fonder des valeurs communes sans cesser
d’exercer sur elles l’esprit critique que nous avons
hérité des Lumières.À vouloir retracer
par l´histoire notre fonds commun, depuis l´Antiquité,
la chrétienté et l´Europe des Lumières,
nous butons toujours sur des héritages ambivalents. L’histoire
de la chrétienté, porteuse d´un message d´amour
du prochain, a été marquée également
par les guerres saintes et les guerres de religion ; l’héritage
des Lumières a été parfois subverti par les
impérialismes et les totalitarismes des XIXème et
XXème siècles, comme Adorno et Horkheimer l’ont
rappelé dans l´immédiat après-guerre.
Quelques années plus tard, l´instauration des Communautés
européennes par le plan Schuman répondait en un sens à cette
critique radicale. Sur les décombres du second conflit mondial
naissait alors un projet communautaire qui marquait la fin d´une
certaine idée de l´Europe : celle d´une communauté de
destin fondée sur l´hégémonie et l´usage
de la force.
Que signifie, dès lors, prendre le meilleur dans un héritage
? En promouvant l´État de droit et la démocratie,
le respect de la personne et de ses droits comme valeurs cardinales,
la Constitution définit une identité dynamique. Une identité fondée
sur l´ouverture et la pluralité, telle est l´ambition
du préambule du texte constitutionnel, dont la formulation vise à ce
que chacun puisse s´y reconnaître :
" s´inspirant des héritages culturels, religieux et humanistes
de l´Europe, dont les valeurs sont toujours présentes dans son patrimoine,
et qui ont ancré dans la vie de la société sa perception
du rôle central de la personne humaine et de ses droits inviolables et
inaliénables, ainsi que du respect du droit (…) "
Cette formule laïque, que la France soutient face aux clivages qu´elle
suscite à nouveau, repose sur la conviction que la séparation
du temporel et du spirituel constitue l´un des fondements des démocraties
modernes.
Dans cette optique, ce n´est donc pas le territoire, ni les frontières,
ni une religion particulière, encore moins une langue particulière
qui saurait définir l´identité européenne,
mais bien un sentiment d´adhésion partagée à des
valeurs communes, qui peuvent s´inscrire sur plusieurs terres,
et s´écrire dans plusieurs langues. Se donner la diversité culturelle
et linguistique comme principe, c´est garantir la pluralité d´expression
de ces valeurs communes.
En incluant la Charte des droits fondamentaux dans le texte constitutionnel,
la Convention a voulu marquer la prétention universelle de ces
valeurs communes. Le sens de cette démarche ne saurait pour autant
se résumer à une énumération consensuelle
de bonnes intentions constitutionnalistes. Rappelons en effet que la
plupart de ces principes cardinaux – la démocratie parlementaire,
l´État de droit, les droits de l´homme, l´égalité des
hommes et des femmes – sont loin d´être universellement
partagés dans le monde contemporain. La défense et l´illustration
de ces valeurs fondatrices est au cœur de l´identité européenne
d´aujourd´hui, parce que ce sont elles seules qui peuvent
garantir l´expression de toutes les appartenances.
L´élargissement du 1er mai, en entamant la réunification
du continent, nous a donné l´occasion de réaffirmer
cette communauté de valeurs, dont la revendication aura été étouffée
pendant presque un demi-siècle pour nos partenaires d´Europe
centrale et orientale. À nous tous, désormais, de transformer
l´essai, en donnant à l´Europe des outils qui lui
permettront de développer de nouvelles solidarités, avec
plus de démocratie et d´efficacité.
Claudie
HAIGNERÉ
 
Claudie
HAIGNERÉ et Fabrice
LACHENMAIER, directeur
d'Idées
Nouvelles Europe se
sont rencontrés à Strasbourg le 21 Avril 2004 à l'occasion
du projet 2004, Tous aux urnes

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