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Entretien
avec Cyril DELFOSSE, animateur de l’Association A.D.E.J
(Accès au Droit des Enfants et des Jeunes), située à Marseille
(Bouches du Rhône)
L’ADEJ
développe un projet d’éducation à la
citoyenneté auprès des jeunes pour relancer
leur participation active citoyenne notamment à travers
les élections nationales et européennes. Sur
quel constat basez-vous votre démarche ?
C.D " L’année
2004 constitue une année importante en France en termes électoraux.
Ce sont pas moins de trois élections qui auront lieu
dans les six premiers mois de l’année. Les élections
constituent toujours des moments primordiaux pour débattre
et pour faire usage de son premier droit de citoyen : le
droit de vote. La représentativité est un fondement
de notre démocratie. Que penser de cette dernière
lorsque les taux d’abstention atteignent les niveaux
que nous lui connaissons ?
Les 18-25 ans représentent 15% du corps électoral. Malheureusement,
les jeunes votent peu (sur 10 jeunes, seul 3 ou 4 iront voter). L’abstention
est plus souvent prononcée chez les jeunes que dans le reste
de la population. Ces derniers se privent ainsi de représentation.
L’association A.D.E.J souhaite enrayer cette
dérive, dangereuse pour la défense des droits des jeunes
dans nos institutions.
Le projet est donc de sensibiliser les jeunes, et leurs parents, aux élections
de l’année 2004 (régionales, cantonales et européennes),
et plus généralement aux enjeux de la participation aux élections.
Le fort taux d'abstention lors des dernières consultations électorales,
notamment parmi les plus jeunes, ainsi que le faible intérêt
qu'ils portent à la politique, donnent à l'incitation à l'inscription
sur les listes électorales une importance toute particulière.
L’équipe de l’A.D.E.J. a donc choisi
de rencontrer les jeunes majeurs pour leur rappeler la nécessité de
s’inscrire (ou de vérifier l’inscription) sur les
listes électorales pour pouvoir voter en 2004. Cette action
devait forcément être menée avant la fin du mois
de décembre 2003.
Cette phase constitue un premier pas, elle devra être poursuivi
dans les premiers mois de l’année 2004, pour permettre
aux jeunes de rentrer dans la campagne et le débat politique ".
Votre
action doit prendre plusieurs formes et notamment privilégier
le contact avec les établissements scolaires. Comment
comptez-vous effectuer une sensibilisation dans le cadre
scolaire ?
C.D " Pour
informer les jeunes majeurs de la nécessité de
s’inscrire sur les listes électorales, l’association
a d’abord pensé à une campagne d’affichage.
Les affiches auraient ainsi pu être réalisées
par des jeunes et distribuées dans les lieux ciblés
(lycée, fac, centre sociaux, bars, salles de concert…).
Le calendrier nous a néanmoins convaincu d’avoir
recours à des documents existants, notamment les documents
proposés par le Cidem.
La campagne d’affiche n’est sans nul doute suffisante.
Ainsi, Il est rapidement paru indispensable d’aller au contact
des jeunes. Durant le mois de décembre 2003, l’association
a tenu plusieurs permanences dans les lycées marseillais pour
distribuer de la documentation aux jeunes majeurs. Il s’agissait
avant tout d’informer et de convaincre.
Nous avons eu comme partenaires : Le Cidem, association Citoyenneté et
Démocratie basée à Paris, La Ville de Marseille,
particulièrement la direction des élections, Idées
Nouvelles Europe basée à Grasse et la Représentation
du Parlement Européen à Marseille.
Il convient de noter qu’il nous a été particulièrement
difficile de trouver des documents synthétiques présentant
les institutions locales (Conseil Régional, Conseil Général).
Des documents généraux expliquant l’organisation
des institutions et leurs missions n’existent pas. En tout cas,
il n’existe pas de documents apolitiques. Cette situation est
d’autant plus inquiétante lorsque l’on sait que
l’abstention aux élections locales est principalement
due à une méconnaissance des institutions par les électeurs ".
Vous êtes également
intervenus directement dans 28 classes et avez rencontrés
438 élèves. Quels enseignements tirez-vous
de cette expérience ?
C.D " La
rencontre et le débat avec les jeunes devaient constituer
le deuxième temps fort de notre action. L’information
et le débat, condition nécessaire à un
meilleur exercice de la citoyenneté, sont au cœur
du projet.
Nous avons proposé à différents établissements
scolaires de venir rencontrer leurs élèves pour débattre
des enjeux des prochaines élections. En aucun cas, la campagne
d’incitation au vote ne devait prendre part pour un parti politique.
Il s’agissait d’une campagne apolitique, d’éducation à la
citoyenneté.
L’association a ainsi expliqué l’importance du vote
et présenté les institutions pour lesquelles nous allons
voter en 2004.
Voter, c’est donner son opinion et tenter de faire changer la
société. C’est surtout prendre ses responsabilités à titre
individuel et collectif. Ne pas voter c’est laisser les autres
décider à notre place. L’abstention est un faux
remède pour manifester sa colère. Si on ne vote pas pour
sanctionner un mauvais candidat, on risque de se sanctionner soi-même.
Les jeunes ont été particulièrement sensibles
aux arguments suivants :
Le vote est une force de négociation. Un débat, souvent
très animé, était lancé à partir
de la citation suivante du chanteur du groupe Zebda : " On ne
fera jamais flippé un politique si on ne vote pas. Les politiques
ne font rien pour les banlieues, pour les immigrés parce que
ces gens ne votent pas ". De plus, aux élections locales,
chaque voix comptent… vraiment ! Après une brève
démonstration mathématique, nous arrivions à la
conclusion suivante : Il y a en moyenne 13 500 électeurs par
canton, ce qui signifie que, aux élections cantonales, 135 personnes
suffisent pour faire une différence de 1% entre deux élus.
Ces interventions dans les classes de premiere, de terminale, de CAP
et de BTS ont été fort riches. Les élèves
se sont montrés particulièrement intéressés
bien qu’ils avouent ne pas bien comprendre le monde politique.
Au-delà de la méfiance vis-à-vis des représentants
politiques, il s’agit bien là d’une absence de culture
politique ".
Vous
afin enfin organisé une grande journée d’information à Allauch
pour diversifier votre message et sensibiliser tous les publics
sur les enjeux d’une participation aux scrutins à venir…
C.D" Nous
avons organisé une journée d’information à destination
des jeunes électeurs des communes d’Allauch
et de Plan de Cuques.
Elle s’est tenue le samedi 13 décembre 2003, avec une
permanence assurée par un juriste de l’association A.D.E.J et
des personnes des communes d’Allauch et de Plan de Cuques, autour
de la patinoire installé au Théâtre de Nature d’Allauch.
L’intérêt premier de cette journée était
de permettre l’inscription sur les listes électorales,
rendu possible par la présence d’officiers d’État
civil. Si seules deux personnes ont demandé leur inscription
effective, les demandes de renseignements ont été fort
nombreuses.
Cette permanence était complétée par plusieurs
animations qui ont eu pour objet d’informer jeunes et moins jeunes
sur les institutions concernées par les élections de
l’année prochaine et les inciter à aller voter.
Tout d’abord l’A.D.E.J a conçu
l’exposition " Élections 2004 " afin
de mieux faire connaître et donc de mieux comprendre les institutions
régionales, départementales et européennes. L’exposition
a été relayée par un quizz élaboré par
les services de la mairie d’Allauch.
Une seconde exposition a été présentée " Vues
d’Europe ". Il s’agit de photos réalisées
par des adolescents français, italiens et espagnols illustrant
leur vision, et leurs interrogations sur l’Europe. Cette expo
est sans doute celle qui a le mieux fonctionnée. Les ados présents
ce jour-là semblaient bien s’y retrouver
 
Enfin,
notre troisième action événementielle
s’intitulait " Tous aux Urnes ".
Il s’agit du projet que l’association Idées
Nouvelles Europe propose et qui vise à remplir
des bulletins " d’intention de vote " et
de les glisser dans une urne transnationale. Nous avons recueillis
92 bulletins d’intention de vote.
En fin de compte, ce sont environ 120 personnes que nous
avons ainsi réussi à sensibiliser, plus ou moins directement. En
outre, dans un cadre d’éducation à la citoyenneté,
de nombreux enfants et adolescents, qui ne constituent pas encore des électeurs,
ont pu obtenir une première initiation au fonctionnement démocratique.
Cette journée est sans conteste une réussite. Elle aura
suscité des débats intéressants, notamment au
sujet de l’Union Européenne qui était au cœur
de l’actualité ce week-end là ".
Avec
un peu de recul, quel regard portez-vous sur cette campagne
d’éducation à la citoyenneté active
?
C.D " On
dit souvent des jeunes qu’ils se désintéressent
de la politique. Ils semblent surtout se désintéresser
du monde politique et de ses représentants mais non
du débat. Si peu de jeunes sont instinctivement venus à notre
rencontre, lorsque le sujet leur était imposé en
classe, les débats étaient vifs et enrichissants.
Il est évidemment difficile de savoir si notre discours a réussi à convaincre.
Il serait sans doute prétentieux de croire que les résultats
se verront le soir des élections. Néanmoins, des professeurs
rencontrés après les vacances de Noël, nous on fait
part de ce que bon nombre de jeunes leur avaient confirmé s’être
inscrit sur les listes électorales pendant les vacances.
Les jeunes électeurs rencontrés veulent aujourd’hui
aller plus loin. Ils souhaitent comprendre, participer à la
campagne électorale et au débat politique. Ils souhaitent
rencontrer les hommes et les femmes pour lesquelles on leur propose
de voter. C’est pourquoi, de nouvelles actions devraient être
menées courant 2004 ".
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Au
Tribunal de Grande Instance de marseille :
Idées Nouvelles Europe explique à 45 médiateurs la citoyenneté
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L’association
marseillaise ADEJ qui a déjà participé au
projet en organisant un vote dans plusieurs villes du département
des Bouches-du-Rhône dans le cadre d’une sensibilisation
des jeunes à la citoyenneté européenne,
a renforcé son activité éducative en inaugurant
un cycle de formation sur le thème:
" Comment
expliquer la citoyenneté européenne aux mineurs
: quelles lois, quelles institutions ? ".
Cette
formation originale est destinée aux professionnels de
l’enfance (enseignants, animateurs sociaux, juristes…)
et concerne une réflexion à laquellel'ADEJ à notre projet
se devait de répondre.
Ainsi, le 15 mars 2004, dans l’enceinte du Tribunal de
Grande Instance de Marseille, Fabrice LACHENMAIER est
intervenu pour expliquer aux 45 personnes présentes quels
sont les objectifs du projet "2004 Tous aux
urnes !",
ainsi que les modalités pratiques de son organisation dans le
cadre des programmes Socrates, Leonardo et Jeunesse.
Ont également
pris la parole :
- Christian
JOLY, maître de conférence à l’institut
d’Études Politiques d’Aix-Marseille
qui a fait donné un aperçu de la création
de l’Union européenne, du rôle de chaque
institution et donné un bref panorama de différentes
lois européennes afin de pouvoir comprendre ce qu’est
un citoyen européen.
-
Mireille
CARCHIDI,
journaliste a terminé la formation en expliquant
la façon dont elle implique un public jeune
au discours européen, la place du droit des
enfants dans la charte des droits fondamentaux et donnant également
des précisions sur les actions qu’elle
mène dans les établissements scolaires
du département.

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