J’ai rencontré Sylvie Bettan, chef de travaux du Tertiaire
au lycée professionnel des Coteaux à Cannes. La cheville
ouvrière du partenariat Ecole-entreprise. La petite fourmi
qui oeuvre tout au long de l’année pour que le moment
venu, le lycée puisse placer ses élèves en entreprise… mais
pas seulement. Allons voir d’un peu plus près ce qui
se passe dans cette jolie fourmilière, oui car la jolie petite
fourmi Bettan n’est pas seule à œuvrer pour améliorer
le destin de nos jeunes Cannetans…
Je crois
que le plus simple est de décrire une matinée
type durant laquelle je l’ai suivi dans ses différentes
activités et rendez-vous. Vous aurez une idée précise
si vous n’avez pas la tête qui tourne avant. Mais justement
avant que vous ayez la tête qui tourne, une courte explication
de texte sur le rôle du « bureau du partenariat » dont
Sylvie Bettan est coordinatrice : Il s’agit de développer
un partenariat dynamique avec les entreprises, de renforcer et
d’assurer
le service des stages dans le cadre de l'alternance et d’aider à l'insertion
professionnelle. Le coordonnateur du bureau du partenariat est
l'interlocuteur permanent des entreprises, et assure la liaison
entre l'établissement
et son environnement économique. Il prépare la période
de formation en entreprise, assure par des visites in situ un véritable
suivi des stagiaires, se dote d'outils de dialogue avec les tuteurs.
A 9 heures,
dans le bureau de Sylvie Bettan, se trouvait déjà le
responsable du Bureau Information Jeunesse du Cannet (BIJ). Il
faut dire que sur les 650 élèves du lycée,
273 sont originaires du Cannet-Rocheville, Eric Carreras est
alors un peu
l’ambassadeur qui guide et conseille tous les jeunes dans
les méandres des parcours professionnels pas toujours évidents
complétant ainsi le travail du conseiller d’orientation
de l’établissement. Eric Carreras n’est pas
là par
hasard. Cela fait déjà 3 ans qu’il coopère
avec le lycée (1). Avec Sylvie,
ils mettent au point le prochain Forum des métiers qui
se tiendra au lycée. Stands d’information
et tables rondes en constituent le menu de base. Dans mon for
intérieur,
je pense que ces jeunes ont bien de la chance d’avoir ainsi
l’information à domicile et que leur curiosité soit
ainsi directement sollicitée. De plus, dans la foulée,
ils peuvent avoir tout de suite des réponses précises à leur
questionnement. Beaucoup n’auraient peut-être pas
eu l’impulsion d’entreprendre une démarche à l’extérieur
des murs du lycée, démarche d’autant plus
difficile si elle est menée en solitaire ou tout simplement
loin.
Le point
d’orgue des travaux menés par la chef de travaux
(justement) est la semaine Ecole-entreprise à laquelle participent
5 sections et un certain nombre d’entreprises et d’associations
parmi les 600 entreprises partenaires du lycée qui ont été sollicitées.
Cette semaine Ecole-entreprise est une recommandation du Rectorat
de l’Académie de Nice que Sylvie Bettan met en pratique
depuis 4 ans déjà. Pour le cru 2007, une grande première
consiste à fidéliser et à sceller des partenariats
efficaces avec des entreprises du bassin cannois par le biais de
conventions.
Mais
il y a encore bien d’autres initiatives heureuses au lycée
professionnel des Côteaux notamment celle d’introduire
des professionnels dans les jurys d’examen En effet, les
jurys des épreuves orales des filières de baccalauréat
professionnel sont composés d’enseignants et de
professionnels. Chaque année, des partenaires entreprises
s’impliquent
avec bonheur, compétence et impartialité dans ces épreuves.
Il y
a aussi la remise des diplômes en présence de professionnels,
des parents et des professeurs. Une vraie cérémonie
instaurée depuis 4 ans au lycée professionnel
des Coteaux, comme c’est le cas depuis si longtemps dans
les pays anglophones. Pourquoi, en effet, tant d’années
de labeur, d’efforts
et de patience de part et d’autre de la chaîne éducative
ne seraient-elles pas fêtées à leurs justes
valeurs ? C’est un des moments citoyen clé de
la vie, le symbole d’une autonomie possible qui commence.
Tous ceux qui ont contribué à l’aboutissement
du parcours professionnel et éducatif des jeunes, les
acteurs économiques
qui vont en bénéficier ainsi que les jeunes eux-mêmes
peuvent (et doivent !) marquer cet instant d’un minimum
de cérémonial. C’est la valorisation et
la reconnaissance suprême de tout leur investissement
vers la réussite.
Ne dit-on pas « tout travail mérite salaire ! »,
on pourrait dire aussi que « tout parcours mérite
reconnaissance ! ». Songeur, je ne peux m’empêcher
de me remémorer
ma jeunesse : « combien, aurais-je aimé, moi aussi,
recevoir mes diplômes au cours d’une cérémonie
plutôt que par simple courrier administratif… ».
Pas
le temps de devenir nostalgique que déjà on frappe à la
porte du bureau. C’est Antony Baillet, professeur principal
de la nouvelle section européenne qui vient faire le point
avec la chef de travaux sur le prochain déplacement des jeunes à Malte.
Le lycée des Côteaux est résolument tourné vers
l’avenir, sans peurs et sans tabous. Cette année est
créée une deuxième section européenne
ce qui porte le nombre de nos jeunes « européistes » à 60
qui deviendront grâce à ce cursus, j’en suis sûr,
de véritables « europhiles ». C’est dans
le cadre des bourses de mobilité octroyées par le
programme Leonardo (2) dont Sylvie
Bettan est responsable, que les jeunes du nouveau Baccalauréat secrétariat européen vont
pouvoir effectuer un stage hors de nos frontières. Ce bac
s’obtient
en 3 années au lieu de 4 auparavant et c’est le lycée
des Coteaux qui expérimente cette nouvelle formule, idéale
pour ceux qui sont pressés d’entrer dans la vie active.
La prépondérance des langues est évidemment
importante dans les sections européennes. Les cours de secrétariat
sont dispensés pour moitié en anglais. J’apprends
aussi que les chefs d’entreprise cannois sont particulièrement
demandeurs de jeunes bien formés à l’anglais.
Et pour cause ! Cannes, son industrie hôtelière, ses
agences immobilières, son festival du film et autres Mipcom,
salons nautiques et manifestations internationales en tout genre
sont très gourmands en personnel multilingue. J’apprends
aussi que c’est le grand retour de l’apprentissage de
l’italien, qui pendant un temps avait disparu des enseignements.
Mais comment l’Italien avait-il pu tomber en « désuétude » à quelques
kilomètres seulement de la frontière ? « Les
langues, objet d’insertion et outil de travail à Cannes » insistent
en cœur Sylvie Bettan et Antony Baillet. Bon ouf, l’Italien
est remis au menu.
Le téléphone
sonne pour rappeler que Sylvie Bettan est attendue pour une réunion
avec ses collègues. Elle
promet de me retrouver un peu plus tard. Pas de problème,
je vais en profiter pour prendre quelques photos du lycée.
Le bâtiment ancien est une resplendissante maison de
maître
style grand-siècle. Une passerelle légère
et aérienne le relie à un bâtiment moderne
et éclatant
de blancheur sous le soleil de la côte d’Azur.
Et puis des œuvres d’art partout, dedans, dehors,
dans les coins, les recoins et même suspendues au plafond.
Quelle bonne idée
de mettre ainsi directement les élèves en contact
avec l’art. De vraies statues « en chair et en
os » que
l’on peut toucher même sans avoir besoin d’aller
dans un musée. J’ai appris ce matin que le monde
de l’entreprise avait une place d’honneur permanente
dans l’établissement. Je découvre maintenant
que l’Art
est aussi partout dans ce lycée professionnel exceptionnel,
ouvert sur la vie et le monde qui l’entoure… et
aussi sur l’avenir : les couleurs de l’Europe ne
sont pas oubliées
non plus, j’ai dénombré au moins 3 drapeaux
de l’Union au fil de ma visite y compris dans le bureau
du proviseur Alain Cudraz. Semer ainsi l’Europe aux quatre
coins de l’établissement,
de manière subliminale et continue, est un acte hautement
responsable et d’une infinie pédagogie. On devrait
mesurer un jour l’impact pédagogique et constructif
de ces petits riens comme par exemple afficher les couleurs
européennes à côté de
celles de la France. On serait surpris de la haute valeur ajoutée
en termes de citoyenneté européenne que cela
produit auprès des jeunes et des adultes en réalité :
par exemple, un drapeau de l’UE équivaudrait à 3
discours de 20 mn sur l’Europe … Oui, bon, je sais
le taux est un peu fort ! Trêve de plaisanterie. La réalité est
toute simple : ce lycée me réconforte et me rassure
quant à l’avenir de notre belle jeunesse… Je
retrouve Sylvie Bettan dans son bureau avec 2 responsables
informatiques dont
celui de la plateforme administrative de maintenance, Jean-Bernard
Cadot, Ingénieur, personne référente et
incontournable de l’établissement et de l’académie
pour ce qui est des collèges et des lycées. Ils
font le point sur diverses questions. J’apprends au passage
(décidément,
je n’arrête pas d’apprendre dans cet établissement)
que le service informatique possède une double mission
: en interne au service des enseignants et des élèves,
en externe pour les services administratifs du rectorat.
Ma visite
en « faits réels » avec la chef de travaux
du tertiaire touche à sa fin. On aura compris que
le bureau du partenariat dans l'enseignement professionnel
est primordial .
Il permet tout simplement l'adéquation du système éducatif
aux réalités économiques, mais dans
cet établissement,
il y a un petit quelque chose en plus, ce petit supplément
d’âme qui permet l’ouverture aux choses
de l’Art
et de l’Europe…
Le travail
de la petite fourmi Bettan n’est pas fini puisqu’elle
va semer une image positive du lycée dans les réunions
de parents d’élèves et professeurs à travers
les Alpes-Maritimes et à longueur d’année.
Les mentalités évoluent, mais il reste encore
du travail de fond à mener notamment auprès
des parents et même
auprès de certains collègues de la filière
générale
pour expliquer tout l’intérêt de nos
jours d’un établissement
d’enseignement professionnel. De vieux tabous et
préjugés
subsistent toujours, mais la réalité économique
aide Sylvie Bettan dans son travail de « lobbying ».
Tous les parcours scolaires terminent un jour et arrive
le moment où le jeune, quelque soit son diplôme,
doit répondre à la
question suivante : « Avez-vous de l’expérience
? » La sentence tombe de manière implacable à ce
moment-là. Toute la différence se mesure à l’instant
précis où un jeune provenant de la filière
professionnelle peut répondre assurément
et fièrement « OUI »…
Merci
donc à toutes les petites fourmis des lycées
techniques et professionnels de France qui contribuent,
chacun dans leur coin, à lutter contre le chômage
et à maintenir
notre économie vivante … Extrapolons
un peu et interrogeons-nous sur le pourquoi et le comment du
miracle économique allemand. L’économie allemande
est restée puissante et stable depuis la reconstruction
après
la 2ème guerre mondiale. Il y a bien eu quelques
baisses de régime de temps en temps et notamment
avec l’intégration
de l’ancienne République de l’Est,
mais de manière
générale, l’Allemagne garde une
bonne santé économique,
et même encore tout récemment, malgré un
Euro fort, tant décrié par nos compatriotes.
Est-ce que ce succès constant ne serait-il pas
dû, au moins en
partie, au regard que portent les Allemands sur leur
filière
d’enseignement professionnel ? Nos voisins ont
compris depuis bien longtemps maintenant toute l’importance
de cette filière
et cela se traduit par une politique volontariste des
pouvoirs publics. C’est un regard plein de fierté que
les Allemands portent sur leurs établissements
d’enseignement professionnels.
Tout est dit !
Oups,
je sais que vous avez la tête qui tourne, mais juste
un mot encore. Plutôt un remerciement : merci à tous
les collègues de Sylvie Bettan, particulièrement à ceux
que j’ai personnellement rencontré,
mais aussi aux autres membres de l’équipe éducative
qui contribuent, j’en suis sûr, à cette
ambiance si chaleureuse, déterminée
et efficace. Enfin le dernier et grand merci s’adresse à la
très heureuse initiative de Mme
Chapey, Inspectrice d’économie et gestion,
doyenne des inspecteurs, qui a proposé au
recteur, de créer il
y a 5 ans, le poste de chef de travaux du tertiaire,
et… d’utilité publique,
serais-je tenté d’ajouter.
Mon voyage
au sein de la fourmilière des Coteaux m’a
laissé longtemps une impression … comment
dire … de
bonheur tout simplement.
(Article
à paraître dans le Magazine Médi@venir printemps
2008)
Jean-François
Raiola