La petite fourmi des Coteaux récoltera les fruits le moment venu ...
Le Lycée professionnel des Coteaux, ancien...
... et moderne à la fois.
Eric Carreras et Sylvie Bettan
Antony Baillet
Les responsables informatique Claude Borsotto et Jean-Bernard Cado à droite
Le proviseur Alain Cudraz
Mme Chapey, Inspectrice de l'Education Nationale Economie et Gestion
Directrice de Cabinet Adjointe
Doyenne des Inspecteurs de l'Education Nationale du Second degré

(1) Le Bureau d’Information Jeunesse du Cannet reçoit entre 100 et 400 jeunes par mois. L’année dernière le BIJ a organisé en partenariat avec le lycée professionnel des Coteaux un forum sur la santé des jeunes, informant notamment sur les dangers liés à des tatouages effectués dans de mauvaises conditions d’hygiène. Cette année 3 rencontres sont prévues sur le thème des MST (maladies sexuellement transmissibles), des toxicomanies et de la citoyenneté. Information auprès du BIJ du Cannet (Tel : 04 92 59 27 42 mail : bij@lecannet.com)

(2) Grâce au programme Leonardo et à son volet mobilité, les jeunes en formation professionnelle initiale peuvent bénéficier d’un stage en entreprise à l’étranger. Pour plus d’informations : L'Agence Europe Education Formation

 

J’ai rencontré Sylvie Bettan, chef de travaux du Tertiaire au lycée professionnel des Coteaux à Cannes. La cheville ouvrière du partenariat Ecole-entreprise. La petite fourmi qui oeuvre tout au long de l’année pour que le moment venu, le lycée puisse placer ses élèves en entreprise… mais pas seulement. Allons voir d’un peu plus près ce qui se passe dans cette jolie fourmilière, oui car la jolie petite fourmi Bettan n’est pas seule à œuvrer pour améliorer le destin de nos jeunes Cannetans…

Je crois que le plus simple est de décrire une matinée type durant laquelle je l’ai suivi dans ses différentes activités et rendez-vous. Vous aurez une idée précise si vous n’avez pas la tête qui tourne avant. Mais justement avant que vous ayez la tête qui tourne, une courte explication de texte sur le rôle du « bureau du partenariat » dont Sylvie Bettan est coordinatrice : Il s’agit de développer un partenariat dynamique avec les entreprises, de renforcer et d’assurer le service des stages dans le cadre de l'alternance et d’aider à l'insertion professionnelle. Le coordonnateur du bureau du partenariat est l'interlocuteur permanent des entreprises, et assure la liaison entre l'établissement et son environnement économique. Il prépare la période de formation en entreprise, assure par des visites in situ un véritable suivi des stagiaires, se dote d'outils de dialogue avec les tuteurs.

A 9 heures, dans le bureau de Sylvie Bettan, se trouvait déjà le responsable du Bureau Information Jeunesse du Cannet (BIJ). Il faut dire que sur les 650 élèves du lycée, 273 sont originaires du Cannet-Rocheville, Eric Carreras est alors un peu l’ambassadeur qui guide et conseille tous les jeunes dans les méandres des parcours professionnels pas toujours évidents complétant ainsi le travail du conseiller d’orientation de l’établissement. Eric Carreras n’est pas là par hasard. Cela fait déjà 3 ans qu’il coopère avec le lycée (1). Avec Sylvie, ils mettent au point le prochain Forum des métiers qui se tiendra au lycée. Stands d’information et tables rondes en constituent le menu de base. Dans mon for intérieur, je pense que ces jeunes ont bien de la chance d’avoir ainsi l’information à domicile et que leur curiosité soit ainsi directement sollicitée. De plus, dans la foulée, ils peuvent avoir tout de suite des réponses précises à leur questionnement. Beaucoup n’auraient peut-être pas eu l’impulsion d’entreprendre une démarche à l’extérieur des murs du lycée, démarche d’autant plus difficile si elle est menée en solitaire ou tout simplement loin.

Le point d’orgue des travaux menés par la chef de travaux (justement) est la semaine Ecole-entreprise à laquelle participent 5 sections et un certain nombre d’entreprises et d’associations parmi les 600 entreprises partenaires du lycée qui ont été sollicitées. Cette semaine Ecole-entreprise est une recommandation du Rectorat de l’Académie de Nice que Sylvie Bettan met en pratique depuis 4 ans déjà. Pour le cru 2007, une grande première consiste à fidéliser et à sceller des partenariats efficaces avec des entreprises du bassin cannois par le biais de conventions.

Mais il y a encore bien d’autres initiatives heureuses au lycée professionnel des Côteaux notamment celle d’introduire des professionnels dans les jurys d’examen En effet, les jurys des épreuves orales des filières de baccalauréat professionnel sont composés d’enseignants et de professionnels. Chaque année, des partenaires entreprises s’impliquent avec bonheur, compétence et impartialité dans ces épreuves.

Il y a aussi la remise des diplômes en présence de professionnels, des parents et des professeurs. Une vraie cérémonie instaurée depuis 4 ans au lycée professionnel des Coteaux, comme c’est le cas depuis si longtemps dans les pays anglophones. Pourquoi, en effet, tant d’années de labeur, d’efforts et de patience de part et d’autre de la chaîne éducative ne seraient-elles pas fêtées à leurs justes valeurs ? C’est un des moments citoyen clé de la vie, le symbole d’une autonomie possible qui commence. Tous ceux qui ont contribué à l’aboutissement du parcours professionnel et éducatif des jeunes, les acteurs économiques qui vont en bénéficier ainsi que les jeunes eux-mêmes peuvent (et doivent !) marquer cet instant d’un minimum de cérémonial. C’est la valorisation et la reconnaissance suprême de tout leur investissement vers la réussite. Ne dit-on pas « tout travail mérite salaire ! », on pourrait dire aussi que « tout parcours mérite reconnaissance ! ». Songeur, je ne peux m’empêcher de me remémorer ma jeunesse : « combien, aurais-je aimé, moi aussi, recevoir mes diplômes au cours d’une cérémonie plutôt que par simple courrier administratif… ».

Pas le temps de devenir nostalgique que déjà on frappe à la porte du bureau. C’est Antony Baillet, professeur principal de la nouvelle section européenne qui vient faire le point avec la chef de travaux sur le prochain déplacement des jeunes à Malte. Le lycée des Côteaux est résolument tourné vers l’avenir, sans peurs et sans tabous. Cette année est créée une deuxième section européenne ce qui porte le nombre de nos jeunes « européistes » à 60 qui deviendront grâce à ce cursus, j’en suis sûr, de véritables « europhiles ». C’est dans le cadre des bourses de mobilité octroyées par le programme Leonardo (2) dont Sylvie Bettan est responsable, que les jeunes du nouveau Baccalauréat secrétariat européen vont pouvoir effectuer un stage hors de nos frontières. Ce bac s’obtient en 3 années au lieu de 4 auparavant et c’est le lycée des Coteaux qui expérimente cette nouvelle formule, idéale pour ceux qui sont pressés d’entrer dans la vie active. La prépondérance des langues est évidemment importante dans les sections européennes. Les cours de secrétariat sont dispensés pour moitié en anglais. J’apprends aussi que les chefs d’entreprise cannois sont particulièrement demandeurs de jeunes bien formés à l’anglais. Et pour cause ! Cannes, son industrie hôtelière, ses agences immobilières, son festival du film et autres Mipcom, salons nautiques et manifestations internationales en tout genre sont très gourmands en personnel multilingue. J’apprends aussi que c’est le grand retour de l’apprentissage de l’italien, qui pendant un temps avait disparu des enseignements. Mais comment l’Italien avait-il pu tomber en « désuétude » à quelques kilomètres seulement de la frontière ? « Les langues, objet d’insertion et outil de travail à Cannes » insistent en cœur Sylvie Bettan et Antony Baillet. Bon ouf, l’Italien est remis au menu.

Le téléphone sonne pour rappeler que Sylvie Bettan est attendue pour une réunion avec ses collègues. Elle promet de me retrouver un peu plus tard. Pas de problème, je vais en profiter pour prendre quelques photos du lycée. Le bâtiment ancien est une resplendissante maison de maître style grand-siècle. Une passerelle légère et aérienne le relie à un bâtiment moderne et éclatant de blancheur sous le soleil de la côte d’Azur. Et puis des œuvres d’art partout, dedans, dehors, dans les coins, les recoins et même suspendues au plafond. Quelle bonne idée de mettre ainsi directement les élèves en contact avec l’art. De vraies statues « en chair et en os » que l’on peut toucher même sans avoir besoin d’aller dans un musée. J’ai appris ce matin que le monde de l’entreprise avait une place d’honneur permanente dans l’établissement. Je découvre maintenant que l’Art est aussi partout dans ce lycée professionnel exceptionnel, ouvert sur la vie et le monde qui l’entoure… et aussi sur l’avenir : les couleurs de l’Europe ne sont pas oubliées non plus, j’ai dénombré au moins 3 drapeaux de l’Union au fil de ma visite y compris dans le bureau du proviseur Alain Cudraz. Semer ainsi l’Europe aux quatre coins de l’établissement, de manière subliminale et continue, est un acte hautement responsable et d’une infinie pédagogie. On devrait mesurer un jour l’impact pédagogique et constructif de ces petits riens comme par exemple afficher les couleurs européennes à côté de celles de la France. On serait surpris de la haute valeur ajoutée en termes de citoyenneté européenne que cela produit auprès des jeunes et des adultes en réalité : par exemple, un drapeau de l’UE équivaudrait à 3 discours de 20 mn sur l’Europe … Oui, bon, je sais le taux est un peu fort ! Trêve de plaisanterie. La réalité est toute simple : ce lycée me réconforte et me rassure quant à l’avenir de notre belle jeunesse… Je retrouve Sylvie Bettan dans son bureau avec 2 responsables informatiques dont celui de la plateforme administrative de maintenance, Jean-Bernard Cadot, Ingénieur, personne référente et incontournable de l’établissement et de l’académie pour ce qui est des collèges et des lycées. Ils font le point sur diverses questions. J’apprends au passage (décidément, je n’arrête pas d’apprendre dans cet établissement) que le service informatique possède une double mission : en interne au service des enseignants et des élèves, en externe pour les services administratifs du rectorat.

Ma visite en « faits réels » avec la chef de travaux du tertiaire touche à sa fin. On aura compris que le bureau du partenariat dans l'enseignement professionnel est primordial . Il permet tout simplement l'adéquation du système éducatif aux réalités économiques, mais dans cet établissement, il y a un petit quelque chose en plus, ce petit supplément d’âme qui permet l’ouverture aux choses de l’Art et de l’Europe…

Le travail de la petite fourmi Bettan n’est pas fini puisqu’elle va semer une image positive du lycée dans les réunions de parents d’élèves et professeurs à travers les Alpes-Maritimes et à longueur d’année. Les mentalités évoluent, mais il reste encore du travail de fond à mener notamment auprès des parents et même auprès de certains collègues de la filière générale pour expliquer tout l’intérêt de nos jours d’un établissement d’enseignement professionnel. De vieux tabous et préjugés subsistent toujours, mais la réalité économique aide Sylvie Bettan dans son travail de « lobbying ». Tous les parcours scolaires terminent un jour et arrive le moment où le jeune, quelque soit son diplôme, doit répondre à la question suivante : « Avez-vous de l’expérience ? » La sentence tombe de manière implacable à ce moment-là. Toute la différence se mesure à l’instant précis où un jeune provenant de la filière professionnelle peut répondre assurément et fièrement « OUI »…

Merci donc à toutes les petites fourmis des lycées techniques et professionnels de France qui contribuent, chacun dans leur coin, à lutter contre le chômage et à maintenir notre économie vivante … Extrapolons un peu et interrogeons-nous sur le pourquoi et le comment du miracle économique allemand. L’économie allemande est restée puissante et stable depuis la reconstruction après la 2ème guerre mondiale. Il y a bien eu quelques baisses de régime de temps en temps et notamment avec l’intégration de l’ancienne République de l’Est, mais de manière générale, l’Allemagne garde une bonne santé économique, et même encore tout récemment, malgré un Euro fort, tant décrié par nos compatriotes. Est-ce que ce succès constant ne serait-il pas dû, au moins en partie, au regard que portent les Allemands sur leur filière d’enseignement professionnel ? Nos voisins ont compris depuis bien longtemps maintenant toute l’importance de cette filière et cela se traduit par une politique volontariste des pouvoirs publics. C’est un regard plein de fierté que les Allemands portent sur leurs établissements d’enseignement professionnels. Tout est dit !

Oups, je sais que vous avez la tête qui tourne, mais juste un mot encore. Plutôt un remerciement : merci à tous les collègues de Sylvie Bettan, particulièrement à ceux que j’ai personnellement rencontré, mais aussi aux autres membres de l’équipe éducative qui contribuent, j’en suis sûr, à cette ambiance si chaleureuse, déterminée et efficace. Enfin le dernier et grand merci s’adresse à la très heureuse initiative de Mme Chapey, Inspectrice d’économie et gestion, doyenne des inspecteurs, qui a proposé au recteur, de créer il y a 5 ans, le poste de chef de travaux du tertiaire, et… d’utilité publique, serais-je tenté d’ajouter.

Mon voyage au sein de la fourmilière des Coteaux m’a laissé longtemps une impression … comment dire … de bonheur tout simplement.

(Article à paraître dans le Magazine Médi@venir printemps 2008)

Jean-François Raiola