Le dîner-débat en présence de M. Enrique BARON CRESPO, Député européen
Président du Parlement européen de 1989 à 1992, Ministre espagnol des transports, du tourisme et des communications de 1982 à 1985, Président du Mouvement européen international de 1987 à 1990

M. Enrique BARON CRESPO (au centre), le recteur Gérard-François DUMONT (à droite), Fabrice LACHENMAIER (à gauche)
25 personnes étaient présentes à ce dîner-débat
   

M. Enrique BARON CRESPO a animé le débat tout au long de la soirée dont voici un extrait :

" Avec le projet de Constitution, nous vivons une révolution silencieuse ... "


À la veille du Conseil européen de Bruxelles ayant approuvé le projet de Constitution européenne, un important dîner-débat en présence de Monsieur Enrique BARON CRESPO , animé par Gérard-François DUMONT , s’est tenu le 17 juin 2004 à Nice à l’Hôtel Westminster. En provenance de Bruxelles où se déroulait justement le Conseil européen, M. E. BARON CRESPO a livré aux invités ses analyses sur les récents événements politiques (élections européennes, Constitution, citoyenneté…).
En guise de préambule sur l’importance de son engagement européen, l’orateur a précisé : "pour les Espagnols de ma génération, pendant la période franquiste, la lutte pour la démocratie et la lutte pour intégrer l’Europe sont deux actions liées et animées d’une véritable ferveur ". Il a ensuite évoqué la vie politique et son mandat de président du groupe socialiste au Parlement européen qui arrive à expiration. À cette occasion, il publie un livre original intitulé La vie publique et privée des animaux. " Le sujet traité est la séance de nuit du Parlement. J’ai édité ce livre pour mes camarades du Parlement dont certains se sont reconnus. L’Europe satyrique était beaucoup plus développée au début du XIXe siècle que de nos jours ".

Des élections historiques, mais… Commentant ensuite les élections européennes du 13 juin 2004, E. BARON CRESPO n’a pas sous-estimé les médiocres résultats de la mobilisation " C’était un peu le verre à moitié plein et à moitié vide. Je ne suis pas pleinement satisfait de la participation mais, tout de même, c’est la première fois dans l’histoire de l’Europe que l’on organise des élections démocratiques simultanément dans 25 pays et avec la participation de 350 millions de personnes. Un principe en démocratie est de laisser le choix aux gens de voter ou non. Le président des Etats-Unis, qui est l’homme le plus puissant du monde, est élu avec moins de la moitié des personnes inscrites sur une base volontaire, c’est-à-dire aux alentours de 30% de la population réelle. En Europe, le peuple est allé librement aux urnes pour se prononcer sur son futur…
Il demeure des éléments critiques : " le désintérêt de la population (sauf à Malte où plus de 80% des électeurs ont voté, alors que le vote n’est pas obligatoire), notamment dans certains nouveaux Etats membres où la non participation est préoccupante. En Espagne, l’adhésion a été vécue en 1986 non pas comme une " affaire ", mais avec un sentiment passionnel, je regrette que celui-ci n’ait pas prévalu en 2004 pour les nouveaux Etats membres ". Autre phénomène important : le vote sanction. La plupart des électeurs ont voté contre les gouvernements en place… " Il y a encore un gros effort pour intégrer l’Europe dans la culture et la vie quotidienne des gens : ceux-ci ont besoin de savoir pour qui ils votent et comment fonctionnent les institutions ".


Urgence politique. Répondant à une question sur les racines de l’identité européenne et sur l’existence ou pas d’un peuple européen, M. BARON CRESPO aborde le thème de l’Etat nation : " Il est vrai qu’on a mis près de 2500 ans pour passer de la démocratie athénienne à la forme actuelle de la démocratie : l’Etat-nation. Notre projet européen est un essai soutenu de démocratie supranationale en ne niant pas les Etats-nations mais en développant une organisation régionale qui est garante de la paix en Europe et de la moralisation de la vie politique ".
À la veille du 18 juin, jour d’un consensus des chefs d’Etat sur le projet de Constitution, M. BARON CRESPO répond aux dernières interrogations sur la méthode de conception du texte et sa ratification " La Convention est une " méthode " démocratique et ouverte qui dépasse largement la Conférence Inter Gouvernementale, elle a fait ses preuves pour la rédaction de la Charte des droits fondamentaux et également pour la Constitution. Le Traité de Nice, d’un point de vue politique, est un avorton, mais la Charte des droits fondamentaux est un accouchement réussi. Il y a une urgence politique à accepter cette Constitution, accentuée par les résultats du 13 juin 2004. Avec la Constitution, nous vivons une révolution silencieuse. Si un Etat refuse de ratifier la Constitution, il faut lui laisser un délai pour réfléchir, sinon il doit prendre une décision… ou partir. Ce n’est pas seulement la citoyenneté ou la Constitution qui sont en jeu. Nous avons une monnaie commune et si nous n’avançons pas sur les plans politiques et économiques, cette monnaie ne perdurera pas ".


Une Constitution de liberté.
Deux sujets concernant le contenu de la Constitution ont été évoqués par la salle et sur lesquels l’invité est intervenu en répondant à la question : " la Constitution serait-elle d’inspiration libérale ? " Les socialistes internationalistes doivent faire un grand effort théorique et pratique pour comprendre que la défense du droit à la libre concurrence peut être une valeur défendue par la gauche pour lutter contre la concentration des pouvoirs. Au Parlement européen, avec la gauche unie, les libéraux, les Verts et les socialistes, nous avons été capables de mener une bataille pour la liberté d’expression, contre la concentration des médias. Les élus qui sont sortis de l’hémicycle pour ne pas voter étaient les membres du PPE. "
" Par ailleurs, L’existence de l’Euro (outil d’expression libérale ?) nous a permis d’avoir une position d’indépendance dans la guerre en Irak. Nous devons donc mener une réflexion de fond sur ce que l’on entend par système, politique, inspiration… libéral(e). En ce qui concerne la référence à la religion, il y a deux articles explicites dans les textes. En ce qui concerne la référence à Dieu dans la Constitution, le débat au sein du groupe socialiste que je dirige a duré une minute : nos eurodéputés sont musulmans, juifs, chrétiens, agnostiques, francs-maçons… nous sommes fiers de pouvoir travailler ensemble. Il n’y a pas de controverse pour nous sur le fait que la Constitution doit être laïque ".
Après les déclarations et analyses sur le contexte politique, une question récurrente sur le projet européen et la motivation des citoyens a permis à M. BARON CRESPO de conclure sur la nécessité " d’une explication pédagogique par une complicité entre les décideurs politiques, les enseignants et universitaires, les médias, et de manière générale tous ceux qui, sur le terrain, ont une influence éducative ".
Notre invité a repris le premier avion le lendemain matin pour Madrid, non sans avoir remis aux organisateurs du séminaire son livre-témoignage sur la vie politique des animaux.

 

Compte-rendu : Fabrice Lachenmaier

Nous tenons à remercier :
Lilia PARISOT
, chargée de communication (à gauche)
et Olivier GRINDA, propriétaire de l’Hôtel Westminster pour son soutien de la première heure (à droite)