Intervention de Bernard ASSO, adjoint au Maire de Nice, conseiller général, représentant Christian Estrosi
Avec le soutien de la Région Provence-Alpes-Côte-d'Azur
Avec le soutien du Conseil Général des Alpes-Maritimes
3èmes Rencontres européennes de Nice
Et en partenariat avec

 

« Ces rencontres veulent promouvoir des idées nouvelles sur l’Europe en veillant à ce que l’idée européenne progresse auprès de la société civile et notamment parmi la jeunesse qui est la cible de cette journée. Cette idée européenne c’est un peu comme le bourgeois gentilhomme l’avait lui-même pratiqué lorsqu’il s’agissait de faire de la prose sans le savoir, à telle enseigne que l’idée européenne est quasiment consubstantielle aux populations qui vivent en Europe. Comme professeur d’université, mon idéal a été marqué par l’ambition européenne car je crois profondément que le fait d’être européen et l’identité européenne constituent pour les jeunes et les populations une chance de survie de la civilisation européenne, de la culture européenne qui est la nôtre et qui n’est pas transposable dans d’autres lieux de la planète, qui n’est pas susceptible d’être confondue avec d’autres civilisations.
Vous avez privilégié le thème de la citoyenneté, cher et exclusivement propre aux Européens. Elle est née dans notre héritage, dans nos racines profondes hellène et romaine. Il n’y a nulle part sur la planète d’exemples qui peuvent témoigner du concept de citoyenneté. Dire l’inverse, c’est torturer la réalité pour des raisons de mode idéologique contemporaine.
Que signifie ce concept ? Le citoyen grec est d’abord un guerrier qui accepte de mourir pour que la cité –quasiment divinisée- puisse connaître une pérennité. Les Grecs ne connaissent pas le mot d’immortalité mais celui d’éternité. Il n’y a donc de salut dans le souvenir de sa propre existence que par le service qu’on accorde à la cité et en échange du fait que l’on accepte de mourir pour défendre la cité, on a la possibilité et le devoir de participer au débat public sur l’agora, c’est-à-dire de voter. Il y donc ainsi une intime relation entre l’acte de voter et l’acte d’acceptation de mourir. Les mêmes exigences se trouvent à Rome où à 15 ans, le jeune romain va porter la toge virile rouge et va voter car il entre dans les systèmes de l’organisation militaire de Rome. Il est pubère, d’où le mot de chose publique. Il a l’obligation morale d’être vertueux. Lorsque les Européens, ceux qui étaient idéalement attachés à l’idée d’Europe à la fois comme expression d’une identité culturelle, d’un message au monde et d’une capacité de donner le fondement de l’action politique à ceux qui font le sacrifice –le cas échéant- de leur vie pour assurer la liberté de tous, c’est ça l’âme même de la cité grecque et de l’empire romain. Les fondateurs de l’Europe ont toujours eu en tête la création d’une citoyenneté européenne, pas simplement pour construire l’Europe, pas simplement pour montrer qu’il existe une unité européenne mais parce qu’ils voulaient enraciner les jeunes européens et l’idéal européen dans la tradition qui est la nôtre. Cette citoyenneté s’est progressivement imposée dans les traités d’Amsterdam puis de Maastricht. Elle permet aujourd’hui de voter aux élections locales, elle offre la liberté de circulation des hommes, d’acheter et de vendre au-delà de ses propres frontières. Cette citoyenneté européenne ne nie pas et ne remplace pas pour autant la citoyenneté nationale. Pas plus que dans la cité grecque il n’était envisageable d’avoir une citoyenneté supérieure qui remplacerait celle de la cité, mais quand il y avait des alliances ou ligues de cités alors la ligue qui se constituait pour défendre l’idéal grec avait une sorte d’unité militaire et juridique qui ne se substituait pas à la citoyenneté de la cité. Lorsque les spartiates meurent aux Thermopiles, ils le font pour la totalité de la Grèce et il n’est pas question que cette totalité se substitue à l’appartenance à la cité de Sparte. Le sacrifice engagé sert toute la civilisation grecque et l’idéal de liberté.
La construction européenne ne peut pas se faire sans la jeunesse, cela constituerait une trahison de l’idéal européen. Elle représente 30% de la population européenne. Les jeunes ont l’obligation ardente de s’enraciner dans leur histoire, autrement ils ne seront qu’un estomac sur pattes, formaté par un système publicitaire et uniquement condamnés à être des consommateurs pour faire rentrer de la TVA dans les caisses de l’Etat. S’ils ne sont pas fanatiquement attachés à leur histoire pour devenir acteurs de leur futur, ils deviendront de nouveaux serfs.
Dans les langues européennes nous avons un temps unique dans les langues du monde, c’est le futur antérieur. Les Européens sont tellement convaincus d’être des fabricants de futur que nous avons inventé un temps qui nous laisse à croire que si nous l’avions voulu, on aurait pu avoir un autre futur. Cette capacité à être, qui est propre aux Européens, ramène l’Europe à une juvénilité permanente, c’est un continent inachevé qui se remet toujours en cause parce qu’il n’est subordonné à rien. Les Grecs savaient que l’histoire n’était écrite nulle part, qu’elle était tragique et que l’important était de fabriquer du futur. Quand vous avez perdu le goût du futur pour vous satisfaire du présent, quand vous avez le désir de n’être au fond que dans un espace de tranquillité, vous êtes condamnés à mourir.
La jeunesse est un levier stratégique de la politique communautaire. C’est vrai que cette jeunesse en action doit être audacieuse et rebelle ».

La ville de Nice
L'Agence Europe Education Formation
France
 
Bernard Asso Maire adjoint délégué aux affaires européennes, Conseiller général