«
C’est un honneur pour moi de participer à cette journée
et de vous livrer l’expérience de ma vie. J’ai
51 ans aujourd’hui. A l’âge de 16 ans j’ai
vécu le coup d’Etat au Chili. C’était
en 1973, je dirigeais un groupe d’étudiants. La citoyenneté
à cette époque-là n’était pas
un sujet dont on pouvait parler. Très jeune donc, je me
suis sentie obligé de participer à la vie citoyenne
de mon pays. Nous avions vraiment ce rêve de participer
à la construction d’un pays où la liberté
individuelle serait un acquis. C’est peut-être le
même rêve que vous partagez en Europe. Nous étions
de jeunes volontaires et allions dans les quartiers les plus pauvres
pour expliquer aux jeunes comment contribuer à la réalisation
de ce rêve. Les forces politiques du pays ne partageaient
pas du tout notre vision et ne souhaitaient pas que nos actions
puissent aboutir. D’autres coups d’Etat ont malheureusement
suivi en Amérique latine. Ce furent des moments extrêmement
difficiles à vivre. Nous faisons des efforts gigantesques
pour garder ce rêve de la démocratie au Chili. Lorsque
l’on ne peut plus vivre dans son pays comme on le souhaiterait,
lorsque tous les efforts sont vains, lorsque les rêves sont
brisés, lorsque le futur n’existe plus… c’est
vraiment très dur de vivre sous une dictature militaire
avec un degré de répression permanent. Nous étions
jeunes et nombre de nos camarades ont été arrêtés,
torturés, assassinés. J’ai dû partir
en exil, d’autres ont continué la lutte. Il était
trop dangereux pour moi de rester au pays. En 1980, je suis rentrée
au Chili pour participer à la défense de cette démocratie
malmenée. Notre situation était comparable à
celle qui a divisé le continent européen pendant
la seconde guerre mondiale. Notre force a été la
mobilisation des jeunes pour lesquels il était inconcevable
de laisser le pays aux mains de militaires qui luttaient contre
la démocratie. J’ai une grande chance d’être
encore en vie et d’avoir pu me battre contre cette dictature.
J’ai des filles adolescentes à qui je ne parle jamais
de cet épisode de ma vie tant les blessures restent vives.
Mon vœux le plus cher est que les générations
futures ne vivent jamais plus de telles horreurs.
La citoyenneté est une construction de tous ceux qui défendent
les valeurs de la démocratie et la première d’entre-elles
: la liberté. Au Chili, on a mis 17 ans avant de pouvoir
la retrouver. Il faut garder en vie ces valeurs. Je suis quelqu’un
qui rêve beaucoup. Je vous invite à lutter pour construire
de nouveaux rêves. Il faut inventer la démocratie
du futur ».
Churchill disait que « la démocratie est le pire
des régimes à l’exception des autres ».
Ce témoignage démontre la nécessité
d’un rapprochement entre les peuples et d’une veille
de tous les instants pour défendre les droits de l’homme.
Cette défense des droits de l’homme est l’une
des thématiques au cœur du programme « Jeunesse
en actions ».
Il est important que les jeunes deviennent des citoyens actifs
(et le citoyen ce n’est pas seulement l’adulte qui
acquiert le droit de vote à l’âge de 18 ans).
Pour mieux comprendre le monde qui nous entoure, l’idéal
est d’effectuer des mobilités.
Les voyages forment la citoyenneté !